Un regard vers une petite île où se reposent quelques hérons cendrés, immobiles statues de plumes caressées par la brise, et je me détourne du fleuve. Je traverse rapidement un petit bout de bois frais et sombre pour arriver sur une vaste étendue dégagée. Paysage de lande, herbes jaunies, figées de chaleur. J’oublie ici l’eau du fleuve.
Le 2 septembre dernier, en passant près d’Orléans, j’en profitais pour me rendre à Saint-Benoît-sur-Loire afin de prospecter sur les rives du grand fleuve sauvage. Toujours assoiffé de corolles, je partais en quête de la pulicaire commune et de la lindernie couchée, deux espèces rares, protégées à l’échelon national.
Nous avons beau nous intéresser à la flore icaunaise et tenter d'aller le plus loin possible dans sa connaissance, il n'en reste pas moins vrai que toutes les plantes nous attirent. Cette rubrique est donc destinée à relater quelques balades effectuées par certains membres de l'association dans d'autres régions, un fait bien évidemment très souvent synonyme d'observation de plantes inhabituelles, voire inconnues en Icaunie…
En cette fin d’été, la Loire paresse. Elle se languit encore de chaleurs et scintille de mille feux pour, dans un ultime ressac, découvrir des grèves immaculées. Premiers pas sur ces sables exondés. J’y observe la discrète corrigiole des grèves et le plantain des sables, inlassables pionniers. Quelques foulées encore pour noter l’allure ramassée du souchet brun et je suis attiré par l’opulence de la végétation, là-bas, sur des zones que le fleuve n’atteint qu’en hiver. Ouragan de chlorophylles, folie délirante des tiges qui, dans leur ferveur, s’emmêlent en de somptueux entrelacs. L’aristocrate butome en ombelle déploie ses fleurs roses, imité par la lysimaque commune et la salicaire. Parmi les massifs ondulants de laîches des marais et de baldingères, les séneçons aquatiques s’allument en une multitude de petits sémaphores auxquels tentent de ressembler les fleurons plus pâles des achillées sternutatoires.
Je pénètre dans cette steppe qui, comme pour me remercier, me montre quelques-uns de ces trésors : chandelles brunies de l’orobanche des sables, corolles intensément bleutées de la campanule agglomérée,
Des lindernies recouvrent le sol en compagnie de pourpiers et de la gnaphale des marais. Ces lindernies ne sont pas celles que je cherche ; elles appartiennent à l’espèce appelée douteuse, d’origine nord-américaine et devenant assez commune chez nous, au point même de supplanter la lindernie couchée. Je m’assois sur un tronc gisant. Les pieds dans l’eau, je contemple le fleuve étalé dans toute sa puissance. Des mouettes se posent dessus en bouées légères et blanchâtres. La chienne me rejoint et s’affale dans l’eau. Les oreilles en alerte, elle me regarde, prête à tout faire pour me rendre heureux. Je lui avoue par une petite caresse que je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Qu’importe, semble-t-elle me répondre, c’était une belle journée. Marc Douchin
pompons roses des arméries faux-plantain ou bleus de la jasione des montagnes, minces tapis du thym serpolet faux-pouliot et superbes floraisons de l’oeillet des chartreux. La gorge sèche, je m’en retourne vers le fleuve. Un de ses nombreux bras m’accueille et me laisse patauger dans dix centimètres d’eau. Un couple de martins-pêcheurs, trait bleu-acier, fuse au-dessus de l’onde. Je retrouve des grèves vaseuses où une nouvelle flore pionnière m’interpelle. J’y note les efflorescences digitées du souchet long, les fruits curieux de la lampourde épineuse et l’impatience du chanvre d’eau à fleurir.
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Souvenirs d'ailleurs
- L' appel du fleuve Baguenaude botanique datant de septembre 2006, sur les bords de la Loire